Grâce à un ami suisse (un grand merci David !), j’ai pu ce vendredi faire la connaissance d’une femme assez extraordinaire : Marie-Thérèse CHAPPAZ, qui exploite un peu moins de 8 ha à l’entrée du Valais (sa cave se trouve à Fully). www.chappaz.ch
Comme beaucoup de Valaisans, la passion de Marie-Thérèse est venue d’un héritage d’un grand oncle : quelques hectares de vignes qui, à 17 ans, l’ont incitée à faire des études d’œnologie puis après six années de pratique à la cave de la station fédérale de Changins, à prendre en direct l’exploitation de cette vigne. Avec David, nous avons dégusté la quasi-totalité des vins produits sur la propriété (17 au total)… Marie-Thérès excelle dans les liquoreux, et je le savais depuis une dégustation au Salone del Gusto Slow Food à Turin en 2002 où j’avais pu déguster les vins des fondateurs de la charte Grain Noble Confidentiel (créée en 1996) dont elle fait partie.
Ses vins sont tellement recherchés qu’elle doit limiter les quantités de ses clients les plus fidèles … et ne peut en vendre à de nouveaux clients !
Mon préféré a été la Malvoisie 2005 avec son nez nougat, pommes cuites rissolées au beurre, cannelle, suivi par le Grain Doux 2006 (étonnamment vif) et la Petite Arvine Grain Blanc 2006 au nez très expressif…
Je suis partie sans bouteille, mais avec un souvenir impérissable de cette rencontre... et d'une dégustation dans un verre "impitoyable" de Riedl !!
Ah, j'ai failli oublier... Marie-Thérèse travaille en biodynamie après une période bio qui lui semblait insuffisante : elle cherche à ce que ses vignes donnent le meilleur d'elles-mêmes de façon naturelle, en les respectant. Elle a visité plusieurs fois les domaines Chapoutier en (basse) vallée du Rhône - ici en Valais, c'est la haute vallée du Rhône...
Deuxième arrêt, dans un style complètement différent : les caves de Germanier-Bon père à Vétroz (VS), un peu plus loin en remontant la vallée du Rhône. Je déguste depuis plusieurs années avec un réel bonheur le Mitis de Jean-René Germanier : une Amigne de Vétroz, vinifiée en barrique, issue de vendanges tardives. J’y ai découvert le « Cayas », une réserve de Syrah intéressante.. et en suis repartie avec de la Petite Arvine d’excellent niveau. A découvrir sur son site : www.jrgermanier.ch
Le caveau est ouvert fort tard, car on y sert également des plats.
Troisième halte : le Château d’Auvernier, au bord du lac de Neuchâtel. Thierry Grosjean est le descendant d’une famille qui exploite ce domaine depuis 1603 ! Les caves datent, elles de 1559… Les cépages principaux du Neuchâtelois sont le chasselas et le pinot (noir et gris), et la spécialité est le chasselas non filtré, premier vin de l’année mis en vente le 3° mercredi de janvier : il présente des lies en suspension (le vin est trouble) ce qui lui confère des notes très particulières d’agrumes. Avec son grand frère, le Neuchâtel blanc (fruité, gouleyant), ce sont comme le dit notre hôte « des vins à boire en buvant », ce qui signifie qu’ils se suffisent à eux-mêmes, inutiles de vouloir les boire en mangeant !
J’ai aimé son Chardonnay, ainsi que
l’œil de Perdrix (rosé de presse) dont le léger perlant permet de garder une belle structure avec moins d’acidité, et surtout…le Pinot Gris vendanges tardives… Mais il ne faut pas laisser de côté les Pinot Gris un peu plus secs (enfin, tout est relatif !), en barrique ou non, ainsi que les Pinot Noir qui n’ont pas à rougir de la comparaison avec leurs cousins bourguignons.
A savoir : ici comme en Bourgogne le Gamay ne peut entrer dans l’AOC… héritage de l’occupation bourguignonne (15°s) !
www.chateau-auvernier.ch
Enfin, avant de repartir, une dernière dégustation à la « Maison Carrée » d’Auvernier, chez Perrochet. Le dédale de caves du 16°s situées sous plusieurs maisons est impressionnant, avec ses foudres bien entretenus.
L’entrée se fait par le pressoir où depuis toujours le nom du responsable de cette étape importante, ainsi que le nombre de pressoirs réalisés, sont notés chaque année à la craie sur une poutre « 20XX : Stéphane Vincent, 7 doigts… » signifie que 7 fois le pressoir a été rempli jusqu’à un doigt de son niveau haut, ce qui permet de placer le système en bois et de presser sans que le jus ou les grappes ne soient gaspillés...
Un souvenir : le Pinot Gris passerillé (vendanges tardives séchées sur paille et pressées en janvier). Son site : www.lamaisoncarree.ch
Bref, une ballade passionnante, qui me permet de mieux encore connaître ces vins suisses dont je parle régulièrement lors de mes ateliers (par exemple, en septembre prochain à Antony)
Pour tous ces viticulteurs, je vous conseille
1) d’aller les voir ! Rien de tel qu’une discussion directe pour comprendre leurs vins
2) de vous renseigner sur les sites suivants :
www.vinsduvalais.ch
www.ovpt.ch (Neuchâtel)
sans oublier, bien sûr www.suisse.ch
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