Gruyère, bientôt une AOC française ?
Quand je n'apprécie pas quelque chose, je le dis... Et bien, je trouve particulièrement étonnante cette décision du CNPL (Comité National Produits Laitiers) de l'INAO reconnaissant le 1er décembre dernier une nouvelle AOC française (la 44°)... qui n'existe pas.
Je m'explique :
Quand aujourd'hui un décret AOC est modifié, c'est le plus souvent un réancrage dans son terroir qui en est à l'origine : les conditions de production du lait sont plus sévères, les conditions de fabrication du fromage plus strictement précisées, la zone AOC peut être réduite etc...
Or, que découvre-t-on pour le futur Gruyère AOC ? Une zone de fabrication qui va de la Haute Marne à la Haute Savoie, en passant par les Vosges, le Doubs, l'Isère et la Savoie (!!), une zone d'affinage encore plus vaste puisqu'elle inclue même la Côte d'Or (!!!!) et la définition d'un produit étonnament proche d'un Comté, avec une grande différence cependant : l'obligation d'ouverture, c'est-à-dire la présence de nombreux yeux dans le fromage, ce que les techniciens me disent être pas évident à obtenir...
Objectif avoué des initiateurs de cette démarche : contrer les Suisses qui par la reconnaissance en AOC de leur Gruyère en 2001 avaient fait un pas important dans la protection de ce nom!
Le problème est qu'en France on fabrique de tout sous la dénomination "gruyère", dont essentiellement
Le Gruyère dit "du Jura" :
- des fromages type Comté fabriqués hors zone, ou selon un cahier des charges différents (avec des races de vaches interdites en Comté, ou au lait pasteurisé)
- des déclassés de Comté
- du Comté râpé (l'AOC Comté oblige à ce que le consommateur final puisse voir un morceau de croûte)
Le Gruyère dit "de Savoie"
- des fromages de type Beaufort fabriqués hors zones ou selon cahier des charges différents
- des déclassés de Beaufort
- mais également des fromages type Gruyère Suisse, d'excellente qualité
Alors, avec un cahier des charges relativement strict (lait cru, 4 races de vaches autorisées -Montbéliarde ou Simmental, Vosgienne, Abondance - ensilage interdit, ce qui est normal pour une pâte cuite qui a tendance à la lainure, rayon de collecte de 40 kms, cuve en cuivre, affinage minimum 120 jours sur planches d'épicéa non rabotées), comme je suis d'un tempérament foncièrement optimiste je mettrais en avant le fait que cela va moraliser l'utilisation du terme Gruyère en France, que les consommateurs vont y voir un peu plus clair et faire tomber le volumes vendus d'environ la moitié (le nouveau syndicat annonce 3 000 tonnes)
Messieurs les Suisses, il paraît que les négociations sont bien avancées avec vous pour une reconnaissance conjointe en AOP au niveau européen... mais il me semble que les cahiers des charges sont loin d'être identiques, en particulier en ce qui concerne le délai d'emprésurage (18h max en Suisse, avant midi lorsque la traite la plus ancienne est celle du matin du jour précédent en France), la durée minimum d'affinage (5 mois en Suisse, 4 mois en France) ou le rayon de collecte du lait (25 kms en Suisse, 40 en France)...
...je reste perplexe sur une AOC créée de toutes pièces
sur une aussi vaste zone. N'y aurait-il pas mieux valu reconnaître deux
AOC différentes, l'une en Savoie, l'autre dans le Jura, sans les Vosges
??
Mais ça, ce n'est que mon avis, bien sûr !



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